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Cargos et paquebots

La station de Caen, une antenne du pilotage de la Seine

pilotage
Pilote de Caen, quai de Blainville, Caen-Ouistreham Voir la carte
En 1962, l'activité du port de Caen nécessitait la présence d'une dizaine de pilotes. Cet effectif s'est amenuisé peu à peu avec la diminution du trafic portuaire. En 1990, anticipant l'inévitable chute d'activité du port de Caen liée à la fermeture annoncée de la SMN (Société Métallurgique de Normandie), la station de pilotage de Caen-Ouistreham a fusionné avec celle de la Seine. Les cinq pilotes de Caen en activité ont alors rejoint les quatre-vingts pilotes de Seine et depuis lors, la station de pilotage de Caen constitue une antenne de la station de pilotage de la Seine. Les deux derniers pilotes originaires de la station de Caen sont à la retraite depuis 2010.
Une petite dizaine de pilotes de Seine intervient et sur le port de Caen et sur la partie aval du port de Rouen (du Havre à Caudebec).

Le port de Caen

Compte tenu des nombreux paramêtres permettant de devenir pilote, rares sont ceux recrutés dans leur région d'origine. Devenus pilotes, ils doivent cependant établir leur résidence principale à moins d'une heure d'intervention du ou des ports dans lesquels ils travaillent. Il est exceptionnel que des pilotes changent de port. L'expérience seule leur permet de connaître réellement un port, quelles que soient les conditions météorologiques, les types de navires pris en charge, les méthodes de travail des autres acteurs portuaires,... Ils doivent acquérir une connaissance intime du port.
Trois patrons de pilotine, personnel marin de la station, sont affectés en permanence au bureau du pilotage de Ouistreham. Ils gêrent la logistique du service. Ils permettent au pilote de servir les navires en embarquant et débarquant soit sur le quai soit sur rade. Les patrons utilisent alors alternativement la voiture du service ou la vedette Tadorne. Ils sont également chargés du secrétariat. Pour le port de Caen-Ouistreham, il y a en permanence un patron de service « c'est lui le pilier de la station ». C'est à lui que la capitainerie s'adresse pour informer du trafic prévu, quels que soient le jour et l'heure, en fonction des aléas du trafic du port. Le patron doit ensuite assurer le relais de l'information au pilote de service ou d'astreinte.

Un port difficile, mais des pilotes ingénieux !

Le port de Caen est un port techniquement difficile et réguliêrement exposé aux vents. La recherche d'une productivité maximale a conduit les acteurs du port, notamment les pilotes, à permettre les escales de navires de plus en plus volumineux malgré des infrastructures fixes. Les passages de l'écluse et des deux ponts s'avêrent être des moments particuliêrement délicats. Si l'évitage d'Hérouville a toujours été « classique », celui dit de la « Saviem » n'est devenu classique qu'en 2010. Avant les travaux de réalisation de la nouvelle zone d'évitage, la manœuvre d'évitage à la Saviem était tout à fait atypique.

« Le port de Caen, on sent vraiment que les anciens pilotes ont essayé d'exploiter au maximum le moindre recoin. Et l'évitage de la Saviem, le premier qui a pensé à ça bravo hein parce qu'il fallait y penser ! Bravo ! »
Pilote de Seine Rouen aval et Caen.
La difficulté technique du port de Caen induit d'autres particularités. Quelques pilotes ont pris l'initiative de demander à prendre la barre à bord des cargos pour évoluer dans le port-canal. Le pilote n'est en théorie que le conseiller du capitaine, le rêglement ne l'autorise pas à prendre la barre. Le pilote donne à la fois des ordres de barre, de machine et des ordres aux remorqueurs avant et arriêre. Lorsqu'il prend la barre, il supprime des ordres et ainsi certains risques d'incompréhension. Une fois les réactions de la barre testées en jetant un coup d'œil sur l'indicateur lors des premiers coups de barre, le pilote peut agir sur celle-ci grâce à son ressenti. En effet, le canal est relativement étroit et si le cargo n'y est pas positionné bien au milieu, la sensation à la barre est immédiate. Lorsque le cargo est au milieu du canal, les filets d'eau à droite et à gauche sont identiques et la pression constante de chaque côté. Mais les navires ne supportent pas la dissymétrie et chercheraient le cas échéant à traverser brutalement le canal ! Ces habitudes acquises dans le cadre de leur travail pour le port de Caen sont parfois reproduites « en Seine ».
Pilote de Caen à la barre