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Ferries

LE tabou

Le tabou
Le long cours semble manquer à la culture et peut-être aussi à l’éducation de quelques marins. Le tabou du [ ? ], mot interdit à bord de tout navire, n’est pas respecté par tous à bord des ferries. On pourrait à première vue penser que ce tabou est intenable sur un navire à passagers. Comment les passagers respecteraient-ils un tabou qu’ils ignorent ? On dit cependant que l’essentiel est de ne pas les entendre. De plus, ils sont un peu aidés à ne pas prononcer le mot, dans la mesure où l’animal aux grandes oreilles ne figurera jamais aux menus des restaurants. On dit que certains commandants refusent que son effigie, sous forme de Bug’s Bunny, soit vendue dans les boutiques.

« Cette bête là est interdite chez nous »
Chef cuisinier à bord du Mont-Saint-Michel
C’est entre marins que l’enjeu est le plus important : respecter ce tabou afin de se sentir encore marin.

« Il y a des traditions maritimes, mais ici on ne passe pas la ligne ! »
« Il y a des choses qui se font, ne se font pas, qui se disent, ne se disent pas sinon vous passez pour quelqu’un qui n’a rien compris. »
Officier mécanicien à bord du Normandie
Des traditions fondatrices de l’identité maritime
« Il y a de moins en moins de gens qui ont connu cette période de long cours. Avant, tous les officiers, tout l’équipage rentrait à Brittany Ferries après une période de long cours ; ce qui n’existe plus. Maintenant, les gens rentrent directement chez nous ; ce qui est un petit peu dommage. »
Commandant à bord du Mont-Saint-Michel
Certains jeunes évoquent la notion de respect pour les plus anciens, mais ne s’aventurent pas pour autant à briser le tabou. Le tabou est fédérateur.

« C’est un peu du passé, mais on ne va pas dire ça au commandant ! »
Élève officier à bord du Mont-Saint-Michel

« S’il n’y a que des jeunes, des fois ça peut dériver là-dessus, mais s’il y a un ancien qui arrive, ça change vite de sujet ! »
Lieutenant à bord du Mont-Saint-Michel
Un sujet à éviter en présence des anciens...
« Moi je ne le dis pas parce que je sais que ça peut vexer des susceptibilités, il y a beaucoup de gens qui n'aiment pas, et puis il ne faut pas tenter le diable non plus ! ». « Je sais que c'est de la superstition mais c'est vrai que c'est rigolo de garder des trucs comme ça, c'est plus pour l'ambiance »
Lieutenant à bord du Mont-Saint-Michel
Même s’il est parfois l’objet de moqueries, le tabou est respecté par l’ensemble des marins du service pont et machine.
Il n’en va pas de même dans les cuisines par exemple où l’enjeu n’est pas compris de tous. Ainsi un second cuisinier à bord de l’un des ferries a provoqué son chef cuisinier en prononçant le mot [ ? ] et en argumentant :
« Si on suit les traditions de dans le temps, les femmes portent malheur à bord, regarde tu as quarante hôtesses, là par contre on ne dit pas non, mais le [ ? ] il faut dire non ! ».
Le chef cuisinier, dépité, a répliqué, tentant d’expliquer à ce cuisinier sans expérience maritime du long cours qu’il n’avait pas compris les raisons profondes du respect de cette tradition.

« C'est un mot que je ne prononce jamais ».
« Je vais faire un commentaire là-dessus : là vous avez le vrai marin de base et des gens qu'on a récupérés, donc la tradition maritime ne signifie rien pour eux, ils ne la respectent pas ».
« On fait partie de deux équipes différentes ».
« On avait une tradition au long cours, on a été éduqués comme ça, après on suit les anciens. C'est pas une histoire de superstition, c'est une histoire surtout d'éducation, de faire partie du clan du long cours ».