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Ferries

Entre terre et bord

Entre terre et bord

Un rythme apprécié

Passer sept jours sur son lieu de travail pour ensuite passer sept jours chez soi s’avère particulièrement apprécié. Le choix du 7/7 correspond à la volonté de partager un temps de qualité en famille, même si embarquer une semaine sur deux (week-ends compris) exclut parfois le personnel navigant de certaines fêtes de famille, qui se déroulent généralement le dimanche. Selon leurs expériences professionnelles antérieures cependant, ce rythme de travail et de vie n’est pas perçu de la même façon. Le personnel hôtelier par exemple se montre plus enthousiaste encore que les anciens marins du long cours.

« Quand on a fait l’hôtellerie à terre et qu’on fait l’hôtellerie à bord, on s’aperçoit qu’on est beaucoup plus heureux sur les bateaux qu’à terre en fait »
Restaurant Manager à bord du Normandie
 
Plus heureux à bord qu'à terre...
Les marins qui ont connu le long cours semblent également faire le choix du 7/7 pour se rapprocher de leur famille. Mais pour ces anciens marins du long cours, le mois qui servait de référent a été remplacé par la semaine, un rythme qui, à certains, paraît aujourd’hui trop soutenu. De plus, ce tournant dans leur carrière correspond aussi pour eux à la fin d’un rêve, d’une aventure. Se rapprocher de sa famille leur a demandé un changement de repères pas toujours bien vécu.

« C’est plus un métier de marin, c’qu’on fait là, c’est plus un métier de marin, c’est la SNCF, on part à telle heure, on revient à telle heure ! On a pas de surprise je veux dire ».
Matelot à bord du Normandie

Une maison coupée du bord

Ce rythme de travail permet aux membres de l’équipage d’habiter loin de leur lieu d’embarquement. Ainsi, la majeure partie des marins de la Brittany Ferries qui embarquent à Ouistreham continue à habiter en Bretagne. Une fois chez eux, après une réadaptation au rythme de vie à terre, ils décrivent tous une volonté de rompre avec la vie à bord pendant leur temps de débarquement.
Le port de l’uniforme à bord matérialise aussi une rupture avec la vie dite « civile ». Un second capitaine à bord du Mont-Saint-Michel explique qu’il met un point final à sa semaine à bord en indiquant « Moi, je me change, et lui (second capitaine prenant sa relève) il se met en habit de lumière, comme on dit ». À bord, les navigants n’emportent généralement qu’une seule tenue civile, celle avec laquelle ils embarquent est aussi celle avec laquelle ils débarquent. Une fois à la maison, Cherbourganger de vêtements permet aussi de couper avec le bord.

« On emporte souvent les mêmes choses à bord. On garde les jolies choses pour « à terre » comme les sous-vêtements »
Hôtesse à bord du Normandie

« Chez moi, je ne veux pas voir mon uniforme, pour être tranquille, tout oublier un maximum »
Hôtesse à bord du Normandie
 
Ne plus voir d'uniformes...
Débarquer, c’est aussi pouvoir se sevrer des repères temporels du bord pour adopter à nouveau ceux de la maison et de la famille. Cette période de réadaptation prend souvent plus de deux jours. Les rythmes de travail à bord sont différents selon les fonctions des membres de l’équipage, mais ils sont toujours décalés par rapport aux repères temporels à terre.

À bord, penser la terre

Le lien avec la terre pendant la semaine d’embarquement se concrétise par des échanges téléphoniques, Cherbourgacun à bord use de son propre téléphone mobile. Le réseau téléphonique ne s’établit véritablement qu’à une demi-heure des côtes. Or, les temps d’escale correspondent rarement à des temps de repos pour l’équipage. Les créneaux horaires offrant la possibilité de téléphoner en France s’avèrent donc particulièrement restreints. Il reste bien sûr possible de téléphoner depuis les côtes anglaises, mais les tarifs y sont beaucoup plus élevés. Ainsi, l’approche du port de Ouistreham et quelques minutes sur le temps de l’escale sont consacrées aux échanges téléphoniques personnels. Les ferries touchent les côtes trois fois par jour, si un jour ils touchent deux fois la France et une fois l’Angleterre, ce sera l’inverse le lendemain. D’autres choisissent de ne pas maintenir un lien téléphonique avec la terre durant leur embarquement.
Maintenir le lien avec la famille à terre demande un véritable effort de conversion.

« Quand on arrive à bord déjà, on sait qu’on va être complètement décalés par rapport à la vie à terre »
Officier mécanicien à bord du Normandie
Un rythme décalé...

« Et parfois, les horaires d’escales peuvent même aller jusqu’à conditionner l’heure de coucher de certains enfants. »
Hôtesse à bord du Normandie
Parents à bord, enfant à terre...